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Primeurs 2017 : toutes les clés pour comprendre

La campagne des Primeurs 2017 à Bordeaux a commencé fin avril. Ce système de vente unique au monde est organisé par la « place de Bordeaux » c’est à dire l’ensemble des négociants qui proposent les vins des grands noms et marques du Bordelais à leurs clients. Historiquement ce système permettait aux propriétés d’avoir assez de trésorerie avant la vendange et les travaux en cave. Il permettait aussi, en théorie, aux acheteurs du monde entier de bénéficier de prix plus intéressants que 18 mois plus tard lorsque les vins seraient mis en marché. Mais depuis une dizaine d’années, l’escalade des prix de sortie en Primeurs est telle que les amateurs se demandent si les vins « valent » bien le prix affiché et si acheter en Primeurs est encore intéressant. La demande asiatique, nouveau marché immense, est la principale responsable de cette envolée des prix. Les châteaux, drivés par cette demande, placent le curseur parfois si haut que les négociants se sont retrouvés avec des stocks importants. Les campagnes 2011, 2012, 2013 et 2014 ont ainsi été laborieuses, l’offre étant bien supérieure à la demande sur de nombreux grands crus classés et malgré la bonne santé US. Depuis, beaucoup plus d’humilité et de remise en question semblent avoir réellement changé le paysage Bordelais. 2017, année casse-tête? DelaVigne vous en dit un peu plus…

Un millésime exigeant et aux rendements faibles

Après un long creux commercial lié au « Bordeaux Bashing » (millésimes 2011, 2012, 2013, et 2014 dans une moindre mesure) qui a obligé les propriétés à se remettre en question et à se ‘déparkeriser’, puis deux excellents millésimes et une nette reprise commerciale (millésimes 2015 et 2016), le gel est venu frapper Bordeaux fin avril 2017, sorte de rappel naturel pour maintenir la barre haute. La viticulture n’est pas une science exacte et ce genre d’évènement n’était pas arrivé depuis 1991. Malheureusement ce gel n’a pas vraiment été démocratique car les grands crus classés du Médoc ont plutôt été épargnés ainsi que le plateau de Saint-Emilion (cela démontrant au passage les effets bénéfiques et régulateurs de la Gironde d’une part et du plateau de Saint-Émilion d’autre part). En revanche, les appellations de l’Entre-Deux-Mers et de la rive droite (côte de Blaye, Libournais, Côte de francs) produisant les plus gros volumes à Bordeaux ont été très sévèrement touchées (cf. la carte ci-dessous détaillant les lieux d’impact du gel). Les appellations proches de Bordeaux (Margaux, Pessac-Léognan, Graves et Sauternes) moins protégées par la Gironde ont également été plus rudement touchées.
Un tel épisode gélif est assez perfide, car malgré la destruction partielle des premiers bourgeons, il faut redoubler d’efforts et de travaux dans les vignes pour espérer l’arrivée d’une deuxième salve de bourgeons plus tardifs, qui viendraient sauver la récolte. C’est ce à quoi les propriétés ont travaillé d’arrache-pied au printemps dernier. Dans certains domaines (et notamment à Cheval Blanc) il y a même eu deux vendanges au mois de septembre : une vendanges des grappes correspondant aux premiers bourgeons et une autre des grappes correspondant aux deuxième bourgeons. Une situation inédite ! Certains autres domaines ont attendu, en vain, l’arrivée des deuxièmes bourgeons comme le château Haut Bailly à Pessac Léognan.
Deuxième facteur exigeant qui détermine souvent le succès ou non d’un millésime : passer entre les gouttes du mois de septembre, le cas échéant. Or le mois de septembre 2017 a plutôt mal commencé avec des pluies qui ont faire craindre l’apparition de maladies. Les rendements étant déjà amputés par le gel, de nombreuses propriétés ont été tentées de vendanger un peu tôt pour ne pas risquer de tout perdre. Cela conduit à des Merlot pas tout à fait mûrs ou sur le fil (Margaux et Saint Julien sont les plus concernés). Au global, la perte moyenne est d’environ 30 à 40 % en volume.

Delavigne La campagne des Primeurs 2017 à Bordeaux a commencé fin avril. Ce système de vente unique au monde est organisé par la "place de Bordeaux"
Les conditions du millésime parfait partiellement remplies

Pourtant, le millésime a rassemblé certains critères essentiels pour une bonne vendange :
– Une floraison et une nouaison (apparition du fruit) finalement très rapides : le mois de Mai fut très ensoleillé ce qui a permis à cette condition d’être validée (pour ce qu’il restait sur les vignes suite au gel),
– Une arrière-saison de vendanges (entre mi-septembre et mi-octobre) qui a permis aux cabernets sauvignon de mûrir parfaitement,

Cependant d’autres conditions importantes se sont révélées plus difficiles à remplir :
– Le stress hydrique est apparu assez tard, ce qui n’a pas permis de calmer la croissance végétative de la vigne (les parties vertes) au profit de la véraison qui fait gagner aux baies leurs polyphénols (et leur complexité),
– Les pluies de début septembre ont poussé à vendanger les Merlot tôt, pour ne pas prendre le risque de maladies cryptogamiques. Seul les Merlots bénéficiant de terroirs plus argilo calcaires ou argileux (typique de Saint-Émilion) propices à une maturation lente et régulière ont permis d’attendre la fin du mois de septembre pour vendanger.

Un millésime coûteux pour les propriétés

En 2017, ceux qui ont réussi à faire du vin, en y mettant vraiment les moyens nécessaires ont en général fait des très jolis vins et ont fait preuve de créativité. Les assemblages ont notamment été nettement modifiés, à l’instar de celui du Vieux Château Certan (Pomerol) qui a mis ses jeunes vignes de Cabernet dans l’assemblage ou de Calon Ségur (Saint Estèphe) qui a supprimé les vieux Merlots (normalement présents) dans le grand vin au profit de ses jeunes cabernet également. Côté cave, les temps de cuvaison ont été revus à la baisse et la part de jus de presse dans les assemblages légèrement à la hausse. Comme dirait Émile Peynaud : ‘le vin n’est pas tout le raisin’.
Pour mémoire, doubler le temps de travail dans les vignes en mai et doubler le temps de vendanges revient à doubler la masse salariale. Il ne faut pas perdre de vue cette réalité économique. Tout reste bien sûr relatif. Comme le montre le passionnant rapport du Liv Ex (ici) les châteaux captent aujourd’hui la majorité de la valeur ajoutée de la chaîne. Sauf perte totale de la récolte lors de plusieurs années d’affilée, leurs solidité financière est telle, qu’ils peuvent voir venir (sans compter que la plupart d’entre eux sont bien assurés et même souvent propriétés d’assureurs !). En tout cas le coût de revient du millésime 2017, sera probablement l’un des plus élevés de cette décennie mais avec à la clef le plus beau millésime en 7 depuis 1947 !

Delavigne La campagne des Primeurs 2017 à Bordeaux a commencé fin avril. Ce système de vente unique au monde est organisé par la "place de Bordeaux"
Les grandes tendances du millésime 2017

2017 est vraiment original car les vins ont un supplément d’âme et une dimension nouvelle : une réelle sincérité.
Quelques vins sont très bons voire excellents. Ils auront tous la spécificité d’être excellents dans leur jeunesse avec un potentiel de garde certain : n’est-ce pas finalement l’apanage de tous les grands vins et ce qui rend les vins de Bourgogne particulièrement magiques ? Didier Cuvelier du Château Léoville Poyfferé dit que 2017 a ‘le charme de 2012, la fraîcheur de 2014 et la finesse de 2015’ : tentant, n’est-ce-pas ?

1 – Des vins moins tanniques et moins puissants (moindre alcool)
L’une des spécificités « récurrente » du millésime est le « potentiel tannique » moins élevé des raisins, engendrant une extraction plus délicate lors des vinifications et donnant naissance à des vins très aimables dès leur jeunesse. Cela contraste avec leurs prédécesseurs (voire tous les millésimes à Bordeaux depuis 2005, excepté 2012) enfermés dans des structures tanniques très compactes.
Les vins titrent maximum 14° d’alcool, ce qui signe le retour à un niveau de « digestibilité » de bon aloi.

2 – Les seconds vins à surveiller de près
Comme le gel a totalement rebattu les cartes dans les vignobles, certaines parcelles étant plus ou moins sévèrement touchées et réagissant différemment au deuxième bourgeon, les écarts entre premiers et grands vins sont sûrement moins flagrants que d’habitude. C’est donc un millésime qui mérite vraiment que l’attention soit portée sur les seconds vins.

3 – Des très grands blancs secs
L’été plutôt frais a permis aux raisins blancs de maintenir leur fraîcheur : vendangés fin août pour les rescapés du gel, avant que pluies ne viennent les diluer, ils sont d’une qualité exceptionnelle. Peu y pensent lors des achats en Primeurs, mais les blancs secs seront cette année délicieux et disponibles en faibles quantités. Ils peuvent constituer des achats intéressants pour des vins du quotidien (mais pas que) à ouvrir dans leur jeunesse (cf. nos recommandations).

4 – Une révolution à Saint Émilion
Alors que toute la zone du Libournais a été énormément touchée par le gel, Saint-Emilion s’en sort un peu mieux. L’été frais, a permis une maturation des Merlots lente et régulière n’allant pas chercher dans des arômes compotés ni trop lourds. Les vins semblent beaucoup plus légers, plus frais et parfumés. La proportion de Cabernet Franc n’a pas été amoindrie malgré la fraîcheur du millésime et semble devenir une tendance de fond dans les assemblages des grands vins de l’appellation.

5 – Un marché méfiant
Grâce au système de place qui fait se rencontrer offre et demande, les prix de sortie des propriétés sont sensés être déterminés par ce que les marchés demandent (et non par leur structure de coût). Il ne faut pas oublier que les achats en Primeurs sont sensés récompenser la prise de position de l’acheteur (vous !) en lui garantissant le meilleur prix, deux ans avant que les vins soient mis en marché. Comme l’ont montré les millésimes 2006, 2009, 2010 et 2011 pour lesquels les prix de mise en marché étaient moins élevés que le prix en Primeurs, il faut être prudent car le déséquilibre est vite arrivé. Je pense donc à ce titre que 2017 passant derrière l’excellent voire l’exceptionnel millésime 2016 risque de subir le même sort que 2006 (passant derrière 2005) si les prix ne sont pas réellement corrigés à la baisse dans une fenêtre de 0 à 40%. Les différents rapports que j’ai pu lire évoquent une moyenne -23%. Certaines propriétés (cf. ci-dessous) sont sorties tôt il y a déjà près d’un mois (Palmer, Beychevelle) en appliquant cette baisse attendue par les marchés. C’est très audacieux, mérite d’être récompensé par les acheteurs et envoie un message clair aux voisins. Depuis, toutes les propriétés se reniflent un peu et comme le temps, c’est de l’argent…il faut croire que le but de l’opération est de sortir un peu plus cher … Dernier point à ne pas négliger : la faiblesse des monnaies vis-à-vis de l’euro et notamment celle de la livre sterling, à un niveau historiquement bas. Les marchands anglais vont nécessairement réfléchir à deux fois avant d’acheter aujourd’hui donc l’avantage est donné aux marchands européens et le bargaining power est de leur côté: il faut savoir saisir l’opportunité !

AU-DELÀ AVEC DELAVIGNE

Comment et pourquoi acheter en Primeurs avec delaVigne ?

Les conseils pour les Primeurs 2017 (voir « bon à savoir » : les conseils pour 2017) n’engagent que moi et sont issues de mes conversations avec les professionnels du secteur ainsi que de mes lectures diverses (critiques : Jancis Robinson/Purple pages, Vinous, James Suckling et revues spécialisées : Wine Spectator, Wine Lister review, Decanter, Wine Enthusiast, Wine Owners et ISVV et Liv-ex reports).
Bien sûr j’espère de tout cœur que ces conseils et cette note vous seront utiles. Je vais acheter en Primeurs cette année car c’est le millésime de ma fille, née en 2017.  Je suis assez convaincue que ce millésime a devant lui un futur très charmant !
Faire confiance à delaVigne pour sélectionner vos Primeurs c’est tout simplement valoriser mes conseils. Je vous en remercie d’avance !

Pour toute question ou conseils : + 6 37 11 33 57 / berenice@de-la-vigne.com

Textes : Bérénice Galand – Photos @domi_wxq

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