Le blog d'une passionnée de vin

Maison Bérêche : Vins de Champagne

Raphaël Bérèche n’a qu’une idée en tête : faire comprendre qu’en champagne, comme en Bourgogne, il est aussi question de « terroirs ». Cinquième génération de la propriété familiale, aux commandes depuis 2004 avec son frère Vincent, il est perpétuellement en quête d’une meilleure compréhension de ses terroirs et cherche à transmettre au mieux l’information des sols dans ses « vins de champagne ». Dynamique et partageur, il est à l’initiative de la manifestation devenue incontournable chaque année en avril « Terres et Vins de Champagne ». Il fourmille également de projets pour son domaine et pour sa région et rêve qu’un jour « on boive du champagne à table comme on y boit du vin ».
Delavigne est allé à sa rencontre à Craon de Ludes, le fief du domaine au cœur de la Montagne de Reims.

Maison Bérêche : Vins de Champagne Vignobles Delavigne
Delavigne Maison Bérèche & Fils Vignoble

DÉCOUVERTE DU DOMAINE

Quelle taille fait le domaine Bérêche & fils ?

Raphaël Bérêche : Nous avons aujourd’hui onze hectares en propriété répartis entre la montage de Reims (Ludes, Chigny et Trépail) et la vallée de la Marne (Festigny et Mareuil). Nous avons aussi créé un petit négoce qui nous permet de travailler des raisins classés « grands crus » (Mailly, Avize, Mesnil sur Oger, Ambonnay). Cela nous permet de découvrir le travail de raisins qui méritent beaucoup de précision et dont les vins ont une puissance supérieure à nos cuvées « domaine ».

D’où vient votre philosophie des « vins de champagne » ?

RB : Avec Vincent, mon frère en charge de la viticulture, nous n’avons rien inventé. Mon grand-père a commencé à sortir de l’obscurité en mettant en bouteille toute la production dès les années 50 (ndlr : au lieu de vendre ses raisins au négoce comme la majorité des vignerons de champagne) pour mieux mettre en valeur son travail. Mon père a perpétué cette tradition en se concentrant sur le végétal et le terroir, notamment en arrêtant progressivement les herbicides afin de produire des champagnes plus expressifs. Nous avons poussé la logique un cran au-dessus pour adopter une approche « parcellaire » et terroiriste.

D’où les mentions de lieux dits sur vos étiquettes ?

RB : Exactement, nous indiquons sur nos étiquettes le lieu de provenance des vins et de la manière la plus détaillée possible. Nous indiquons si la parcelle est classée Grand Cru ou Premier Cru, le nom de celle-ci et le nombre de bouteilles produites pour les plus belles parcelles. Comme en Bourgogne, il y a un classement des terroirs en champagne, qu’il nous semble primordial de préserver. Toutes nos cuvées, sauf le Brut Réserve sont également « millésimées » mais on ne peut pas le dire car « millésimer » un champagne dépend d’une décision du CIVC (ndlr : comité interprofessionnel des vins de champagnes déclare si tel ou tel millésime mérite une cuvée « millésimée »).

Comment travaillez vous la vigne ?

RB : Nos sols sont aérés, souples, vivants. On peut voir une petite butte au niveau des inter-rangs, signe que le sol respire. Nous ne revendiquons rien, ni le bio, ni la biodynamie. Nous avons une certification HVE (haute valeur environnementale). Ce que nous souhaitons, c’est comprendre au mieux les comportements de la vigne et comment nos vins pourront transmettre l’information contenue dans les sols.

Quels types de sols avez-vous ?

RB : Sur les parcelles historiques près de la maison (Craon de Ludes) les sols sont maigres et très crayeux. Voyez ici, cet affleurement, qui permet de voir que c’est la craie qui est sous nos pieds. On retrouve une intensité saline dans les vins d’ici (ndlr : à base de Chardonnay et Pinot Noir), qui vient directement de là. Côté vallée de la Marne, les sols sont plus profonds et argileux, ce qui convient bien au Pinot Meunier. Les vins sont plus larges, plus puissants.

Quelles sont les spécificités de vos élevages ?

RB : Toutes les étapes sont importantes. Ce qui nous semble primordial est de conserver la pureté et la netteté du fruit de base dans une logique de vinification identitaire. Nous utilisons une vieille presse verticale Coquard ainsi que des barriques et des demi-muids de 1 à 7 ans pour mener des fermentations longues sur lies épaisses jusqu’au printemps suivant la vendange. Après le soutirage, on ajoute la liqueur de tirage et les levures puis on garde les vins sur lattes au minimum deux ans avant leur mise en marché.

Comment faîtes-vous pour préserver la fraîcheur ?

RB : La prise de mousse se fait sous bouchon en liège. C’est une volonté de notre part, pour que les vins soient exposés jeunes à de très faibles doses d’oxygène et ainsi définitivement « immunisés » contre celui-ci lors de leur vie en bouteille. Tous nos vins subissent ce traitement, sauf le Brut Réserve, produit en plus grandes quantités et élevé moins longtemps.

Vincent Maison Bérêche : Vins de Champagne - Delavigne
Raphael Maison Bérêche : Vins de Champagne - Delavigne

 

De la rigueur, du cœur et de la sueur.

Raphael Bérêche

Maison Bérêche : Vins de Champagne - Delavigne Vignoble Montagne de Reims

LE "BRUT RÉSERVE" , NOTRE COUP DE COEUR

Pourquoi faîtes-vous un brut réserve qui est un champagne « classique » ?

RB : Ce vin est la clé d’entrée dans la gamme. Nous l’appelons «Réserve » car les vins de réserves sont en fait une réserve perpétuelle contenue en demi-muids de 600L que l’on rafraîchit et enrichit avec les vins du nouveau millésime depuis plusieurs décennies. Elle ne constitue que 30% de l’assemblage final mais assure le style de la cuvée tout en respectant l’année de base. Cette technique donne notre signature au vin et conserve la mémoire des vins les plus anciens contenus dans la Réserve.

Que recherches tu avec cette cuvée?

RB : Cette cuvée est un assemblage des trois cépages à peu près à parts égales sur différents terroirs du millésime avec un accent mis sur la vinosité (il y a un peu plus de Pinot Noir dans la réserve). Nous souhaitons qu’elle soit un aperçu de notre autres cuvées parcellaires. On recherche l’authenticité, la nervosité, la fraîcheur et, même si c’est un terme un peu galvaudé et moins perceptible dans celle-ci, la « minéralité ».

Est-ce un vin (de champagne) « non-dosé » ?

RB : Surtout pas ! Nous ne sommes pas dogmatiques sur le sujet. Un dosage bien maîtrisé peut au contraire apporter du lift et de la complexité au vin. Par exemple sur cette cuvée, nous dosons légèrement plus pour soutenir la finale. Nous avons dégusté à l’aveugle et nous nous sommes rendus compte que nous préférions le Brut Réserve dosé ainsi (ndlr : à 6,5g/L), dosage qui ne se ressent pas du tout au palais.

Comment décrirais tu le ‘Brut Réserve’ ?

RB : Nous le souhaitons le plus équilibré et digeste possible, authentique, avec une bulle très crémeuse. Les champagnes s’appelaient autrefois « Crémant » en référence à cette qualité. Pour nous, elle est primordiale. Sinon, les arômes fins et délicats de pomme fraîche et groseille, menthol et noisette devraient donner envie à quiconque met son nez dans le vert, de le boire !

Enfin, quel accord met-vin recommandes-tu avec ce champagne ?

RB : Je recommande ce vin sur tout un repas : il accompagne aussi bien un apéritif simple qu’un veau aux morilles !

Maison Bérêche : Vins de Champagne - Delavigne Vignoble Montagne de Reims

UN ÉCLAIRAGE : CHAMAPGNE DE MAISON VS CHAMPAGNES DE VIGNERONS ?

Il existe en Champagne une grande variété stylistique qui relève des choix culturaux, des cépages utilisés, des savoirs-faire, parfois des terroirs, en somme de la philosophie et de la ligne directrice guidant chaque vignerons et maisons.

Située à la limite septentrionale de la production de raisins (il n’y a pas de région viticole plus au Nord, sauf en Angleterre depuis peu), la Champagne court le risque de fluctuations conséquentes des volumes des vendanges.

Pour neutraliser le risque de moins grosses récoltes, le système de la ‘réserve permet d’utiliser des vins des récoltes précédentes.  Cela a donné un cadre légal aux maisons pour avoir un « style » homogène et selon certaines d’avoir des vins plus « complexes ».

Il est légitime dès lors de penser qu’une telle approche tend à effacer la notion de terroir et de millésime. On oublie souvent que les terroirs de champagnes furent classés par les moines sur une échelle pyramidales de crus similaire à celle faisant légion en Bourgogne. Cette classification est la preuve que certains sols mériteraient une approche parcellaire.

Actuellement, un schisme de plus en plus grand semble se créer entre l’approche « stylistique » du champagne comme un produit complexe au style constant grâce à l’assemblage de plusieurs années et plusieurs terroirs (approche de la plupart des ‘maisons’) et l’approche « photographique » qui consiste à dire que le champagne est d’abord un vin qui doit avant tout refléter un terroir et une année (approche de la plupart des ‘vignerons’ de champagne).

Raphaël Bérèche fait partie de la deuxième catégorie de vignerons. Il n’a qu’une idée en tête : produire des grands « vins de champagne ».

Maison Bérêche : Vins de Champagne - Delavigne

Crédits Photos : Bérénice Galand et Maison Bérêche – Textes : Bérénice Galand @_delavigne_

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