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Vignerons

Biodynamie et Champagne : David Léclapart

Delavigne est allé à la rencontre de David Léclapart, un vigneron inspirant qui a trouvé sa voie grâce à l’application de la biodynamie. Adepte du yoga, passionné par l’observation de la nature et de ses bienfaits, il a en grande partie tiré sa philosophie de vie de l’observation ce qu’il dit être une « liane intelligente ».

Pourtant il partait de très loin : trois hectares de chardonnay en pleine montagne de Reims (à priori terre d’élection des grands crus de Pinot Noir) et des parents qui l’incitaient à tout faire sauf être vigneron.

Il produit des champagnes que nous avons adorés pour leur dynamisme et l’énergie qu’ils procurent.  Ils méritent réellement d’être mis en cave par tous les adeptes de belles bulles.

Delavigne s’est invité chez lui pour une immersion à l’image de l’homme : sincère et joyeuse.

Pourquoi cultiver du chardonnay sur la Montagne de Reims ?

David Léclapart – Dans les années 50, les grandes maisons de champagne manquaient de chardonnay et donnaient une prime aux récoltants de chardonnay. Souhaitant profiter de l’aubaine économique les villages de Trépail (et son voisin Villers) ont replanté leurs côteaux en Chardonnay. Heureusement, cela n’était pas complètement absurde car les études pédologiques que j’ai mené plus tard avec Claude et Lydia Bourguignon ont montré que cette partie précise de la Montagne de Reims était en fait assez bien adapté à la culture du chardonnay. Les sols ne sont pas aussi calcaires que dans la  fameuse Côte des Blancs mais il y a une variété d’argile adapté au chardonnay, qui leur donne un caractère plus charnu, moins ciselé que sur les grands crus de cette dernière. Ensuite, il y a un microclimat à Trépail lié à la forêt du Haut de la Montagne qui draine des silex dans les sols via des chemins d’eau ce qui procure une fraîcheur naturelle aux sols et contraint aux raisins des maturités lentes et progressives. Cela préserve l’acidité dans les Chardonnay et donne des baies plus complexes et propices à faire des champagnes de longue garde.

 

Quels sont les spécificités de tes parcelles ?

Mes parcelles sont exposées Sud/Sud Est et bénéficient notamment des rayons du soleil du matin. J’ai découpé le domaine en 22 parcelles différentes qui me permettent de composer ma gamme de vins. L’Amateur est la cuvée d’assemblage qui donne une vision « panoramique » de mes parcelles. L’Artiste est la cuvée qui me permet d’assembler deux parcelles qui sont orientées de la même façon.  L’Apôtre est une cuvée issue d’une seule parcelle orientée au Nord ‘la Pierre Saint Martin’. Enfin l’Astre est un blanc de noir.

 

Comment en es-tu arrivé à la biodynamie ?

C’est un long processus mais je dirais que deux lectures ont été déterminantes : celle de l’ouvrage de Pfeiffer, un élève de Steiner, Fécondité de La Terre (1938) et puis celui de Catherine Kousmine ‘Soyez bien dans votre assiette jusqu’à 80 ans et plus’. A partir de ces deux ouvrages j’ai complètement adapté mon mode de vie et mon alimentation : je n’achète que bio et le plus local possible depuis le début des années 90 surtout les produits de base (farine, laitages, fruits & légumes). J’ai eu la prise de conscience que les hommes sont au cœur d’un tout et que la Nature est notre alliée : il faut à tout prix la préserver. Ensuite j’ai fait un stage à la ferme de Malleval pour comprendre comment intégrer cette vision holistique dans mon quotidien de vigneron. J’en suis ressorti convaincu que la seule manière d’obtenir de grands raisins sains qui collaient avec cette philosophie était la biodynamie. Je suis allé travailler chez Leclerc Briant (ndlr :  pendant deux ans en 1995 et 1996 : ils étaient précurseurs dans ce mode de culture. En 1997, j’ai assisté à une conférence de Nicolas Joly (ndlr : propriétaire de la coulée de Serrant et pionnier de la biodynamie en France) et enfin je me suis lancé sur les vignes que j’ai récupéré de mes parents en 1998.

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Un endroit pour mes vins c’est un endroit où il y a de la vie, de l’échange;

David Léclapart

Comment se sont passés tes débuts en biodynamie?

Au début, la bascule en biodynamie a été très chaotique. C’est comme si c’était un rite initiatique et que la nature me testait pour savoir si j’avais l’envie de le faire ou pas. Je partais de sols désherbés chimiquement, je ne savais pas si j’utilisais correctement les préparations (achetées à Pierre Masson), si je manipulais bien le dynamiseur… il y a eu une véritable phase d’adaptation sur plusieurs millésimes. Mais la biodynamie est la seule agriculture capable de régénérer entièrement un sol, ce qui s’est finalement produit et les effets dans les vignes ont été spectaculaires. Mon premier millésime est 1999, je l’ai commercialisé en 2002. J’ai rejoint Renaissance des Appellations (ndlr : groupement de vignerons créé par Nicolas Joly) et les premiers clients ont été le Japon, les US et l’Italie. Aujourd’hui je ne regrette absolument rien et je n’ai quasiment pas de vin à vendre en France.

Tu n’utilises pas de vins de réserves comme le veut la tradition champenoise : pourquoi ?

Ce qui m’intéresse c’est la photo d’un millésime et à l’intérieur de cette photo les détails (donc des parcelles isolées qui donnent un certain goût aux vins). La nature est formidable et nous livre tous les ans une nouvelle partition. Personnellement, je trouve cela dommage de gommer l’effet millésime par l’assemblage avec des vieux vins pour garder un style constant. C’est peut-être la différence majeure entre les champagnes de vignerons et les maisons. Mais je suis un inconditionnel des champagnes de certaines grandes maisons qui travaillent un style unique et profond.

Quels sont les secrets de ta réussite ?

Je ne sais pas si j’ai réussi ! J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Ce que je sais c’est que j’essaie de travailler en harmonie avec la nature et mes vignes. Tous les millésimes nous apprennent quelque chose. J’échange beaucoup avec certains amis vignerons, je m’implique dans d’autres projets, d’autres régions (ndlr : on vous en dira plus très vite…) et j’essaie de faire en sorte que mes vins aient une influence positive sur ceux qui les boivent.

Quel est l’endroit idéal pour tes vins ?

Un endroit pour mes vins, c’est un endroit où il y a de la vie, de l’échange et de la chaleur humaine !

Crédits Photo et Textes : Bérénice Galand @_delavigne_

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